Jusqu’où?

Il y a bien longtemps, sur d’autre galaxies1, je m’étais intéressé aux réseaux sociaux numériques pour la recherche, pour les réseaux sociaux en soi ou via la couche sociale, d’ailleurs en partie abandonnée, des logiciels de gestion des références bibliographiques. À les relire, je me pose une question centrale: comme pour de nombreuses innovations numériques, avons-nous – « nous », car je n’ai pas vraiment été le seul – réellement compris la finalité de ce à quoi nous avons participé?

Si je relis ce que j’avais écrit, que j’en enlève les scories naïves, il y a quand même des éléments critiques – sur lesquels je me concentre ici – auxquels j’adhère toujours:

  • la nécessité de l’open source;
  • la nécessité de faire attention aux données personnelles;
  • le problème statistique;
  • un détournement assez rapide de la notion de « libre accès » – puisque beaucoup de ces plateformes utilisent la notion mais ne vous permettent l’accès qu’après la création d’un compte.

Dans l’un de ces billets j’avais même écrit:

Surtout, c’est la question du modèle économique d’un tel mastodonte qui interroge le plus. Qu’il soit soutenu par des financements publics ou privés, il faudra un retour sur investissement, que ce soit en termes d’évaluation de la recherche ou d’exploitation de ses résultats. La tentation de la prédation sera nécessairement très forte, si ce n’est inévitable. Ce risque de prédation est tel, qu’il rend les réseaux sociaux pour chercheurs, me semble-t-il, rédhibitoires2.

Et c’est un fait que les réseaux pour chercheurs et chercheuses n’ont pas pris, même pour ceux (celui?) répondant aux critères énoncés ci-dessus: *open source**, attentifs aux données personnelles, sans statistiques stupides, permettant un vrai libre accès comme Humanities Commons3. Plus précisément, il est intéressant de regarder ce qu’il est advenu de ces réseaux:

  • Academia.edu semble être en décroissance, ou est tout du moins moins présent qu’il ne le fut – en tout cas, tombe-t-on mois souvent sur lui;
  • Mendeley a été racheté par Elsevier: si la couche sociale de Mendeley fut importante, elle a été supprimée;
  • Zotero a tout axé, en termes de fonctionalités sociales, sur les groupes et le travail collaboratif en groupe;

billet de blog de Mareike article sur la conversation scientifique

Débats entre chercheurs n’ont pas aidé: https://histnum.hypotheses.org/2555 / https://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/12/non-a-l-etatisation-des-revues-de-savoir-francaises_4846027_3232.html

Après, elsevier comme data broker, autoritarisme croissant, capitalisme de surveillance

À mettre en parallèle avec les pressions sur les universités, différentes selon les pays, mais qui se retrouvent un peu partout. Cf. USA et Penn.

En gros, on s’est trompé:

  • d’ennemis (les RSN sont rachetés)
  • d’objet

IA générative peut changer la donne

Business juteux, et marche car chercheurs et chercheuses y trouvent quelque chose, mais dont la valeurs est bien moindre que les désavantages que cela apportent. Mais ces désavantages sont collectifs, tandis que les avantages sont individuels, dans un contexte néolibéral où la compétition entre individus est le seul angle d’analyse de la recherche.